Wednesday, July 03, 2002

Uyuni, 3 juillet

Aujourd'hui je devais partir pour un tour de 4 jours dans les Salars (plateaux de sel) mais la neige tombe cette nuit a bloque les routes. Maintenant en fin d'apres-midi voila le soleil qui se montre donc je croise les doigts pour que la route soit degagee demain . Comme Uyuni sert essentiellement de point de depart pour les Salars, il n'y a vraiment rien a faire, a part faire le marche pour se procurer des vetements chauds (ca caille vraiment et ce n'est rien par rapport aux -20 qui nous attendent la nuit (d'ou -10, -12 dans les dortoirs parce qu'ici tu peux oublier le chauffage). Donc les emplettes du jour: 3 paires de chaussettes dont 2 tricotees main vraiment chaudes, une nouvelle paire de gants plus chaudes que celles que j'ai deja, une sorte de calecon long (ro/hun: titi nadrag, a mettre par dessus le Damart que j'ai deja) et du papier hygienique, indispensable dans ce pays, avec tout ca je pense que je suis prete pour affronter meme la Siberie.
Ayant tout ce temps devant moi, je pense raconter un peu sur la Bolivie, que peu de gens connaissent. Quelques chiffres: un peu plus de 8 millions d'habitants pour 1 million km2. Dixit Lonely PLanet : plus de 100 differents modeles de chapeaux ... le plus marrant est que dans certaines regions ils portent encore des chapeaux comme ceux des espagnols lors de la conquete. Comme ils tissent aussi selon les methodes d'il y a 2000 ans. C'est un pays qui garde fortement ses traditions, et dont plus de 50% de la population ait 100% sang indien. C'est un pays pauvre, apparament le plus pauvre de l'Amerique du Sud, ensemble avec la Guyanne Anglaise. C'est ce qui me revolte constamment ici - cette corruption politique et mauvaise gestion qui empechent de sortir de la misere tous ces millions de gens de l'Amerique latine. Bien que moins que le Bresil qui est extremmement diversifie en ressources, la Bolivie detient egalement beaucoup de richesses naturelles ... ceci dit un salaire assez repandu tourne autour de 50$.
Les boliviens sont tres gentils, bien que beaucoup plus reserves que les bresiliens, d'ou cette image (fausse selon mon humble opinion) que se font certains voyageurs sur la "froideur" des gens. Il est certain qu'ils sont beaucoup moins extravertis que les bresiliens, mais je pense qu'Albert - le suisse que j'ai rencontre au Bresil - avait raison : les boliviens sont timides, ils auraient meme un certain sentiment d'inferiorite en quelque sorte, et c'est pour cela qu'il est plus difficile d'etablir des contacts. Si en plus on pense aux conditions climatiques si difficiles, il n'est pas si etonnant qu'ils sont moins souriants, peut etre qu'a 30 C au bord de la plage ils feraient la fete aussi, qui sait?
Bon, fini la pseudo-pledoirie bidon sur le sourire sud-americain, je ferais mieux de raconter un peu plus "concretement".

Apres le Pantanal - passage des quelques km de la frontiere en 3 moyens de transport: moto-taxi (c’est-a dire moi et mes bagages sur le dos sur la moto) jusqu’au centre - penible mais pas cher, puis bus local jusqu’a la frontiere puis taxi bolivien partage avec deux autres femmes jusqu’au premier village de Bolivie (et rebelotte : retour jusqu’au point de frontiere puisque heureusement j’ai demande les 2 bonnes femmes comment se fait-il que personne n’a tampone mon passeport ?) Mal ! Probleme si gringo, donc retour mais puisqu’ils sont si gentils comme je le disait auparavant :-), le chauffeur ne m’a pas fait payer plus et les aimables dames n’etaient pas trop pressees non plus ... J’arrive enfin au village, ou la seule connexion est un train pour Santa-Cruz : j’en avais un le soir meme et un autre mettant deux fois plus de temps mais beaucoup moins cher egalement le lendemain. Apres longues hesitations (je suis radine parfois! ), je prends la derniere place libre pour le train du soir meme. Dans le train je rencontre un couple voyageant depuis presqu’un an, descendant depuis l’Alaska - un americain marie a une hongroise : Greg et Mary. Puisqu’on a le meme itineraire pour le moment, et que l'on s'entend tres bien, on voyage ensemble depuis ...

A propos du train vers Santa-Cruz, une de mes premieres reflexions boliviennes, ou plutot “mondiales” - sur … l’ecologie! Puisque lorsque je vois ce cuisinier (oui, les biscuits que j’avais achetes au Bresil ne m’ont meme pas servi, je vous rapelle c’etait un train de “luxe”!) en train de jeter un sac poubelle PLEIN par la porte je suis en train de me dire que toutes les canettes de Coca, biere, ou autres ordures jetes par dessus bord dans l’Amazone n’etaient rien compare a ca ! Je suis en train de me dire que la prise de conscience de “mon pays n’est pas une ordure” est proportionnelle avec le degre de “civilisation” - ne me sautez pas dessus si j’emploie ce mot. Je pense a la Roumanie aussi, ou cela est en train de changer, Dieu soit loue!

Santa-Cruz - ville “fashion” de Bolivie, par hasard j’y suis rentre dans un magasin ou on pouvait acheter pratiquement tout parfum francais aussi que des vetements a la mode, mais les prix etaient en dollars. Je ne suis pas tombee amoureuse de Santa-Cruz, ce n’est qu’une grande ville (seulement 1 mil d’habitants, mais pour la Bolivie c’est tres grand), en fait c’est la deuxieme apres La Paz. Premier et dernier incident en Bolivie, le coup de la fausse police dont le Lonely Planet t’avertit - qui nous demande les papiers (j’etais avec Greg), nous nous sommes rendus compte et nous nous sommes partis et ils nous ont laisses tranquilles (maman, ne te fais pas de soucis, c’etait plutot rigolo, pas dangereux, sinon je ne raconterais pas :-D )

Apres Santa-Cruz - l'adorable Sucre . Ancienne ville prospere coloniale (actuellement 200 000 habitants), Sucre peut donner une fausse image de la Bolivie, puisqu'on peut manger francais ou chinois dans des restos tres "in", aller voir un film francais a l'Alliance Francaise, etc. J'ai beaucoup aime flanner dans les rues, dans un soleil presque permanent ... Seules visites "educatives" - le musee de l'Artisanat - a faire vraiment, et puis sur les traces de dinosaures - c'et vrai, on a decouvert des traces dans une exploitation miniere, le probleme est qu'il n'y a pas d'argent pour entretenir toute cette grande decouverte, la pierre est tres friable et avec la pluie, le vent, ces morceaux partent, pour laisser place aux autres caches en dessous, plus anciennes encore ...

Mais il me vient a l'esprit une annecdote du chemin en bus Santa-Cruz - Sucre, d'ailleurs premier contact avec les vrais transports en commun en Bolivie - qui ont la reputation d'etre parmi les plus mauvais de toute l'Amerique du Sud. Fini les bus avec toilettes et air conditionne du Bresil, fini les routes paves! Et puis les bus sont surcharges ici : apres que toutes les places ont ete prises, on commence a remplir le couloir avec des gens et les bagages sont attaches sur le toit du bus. Donc arret de nuit sur le route vers Sucre ... Comme j'avais vraiment besoin d'aller au toillette apres tant d'heures et que le bus s'est arrete dans un village, je descends et je demande ou se trouvent les toilettes - les gens commencent a rigoler et me disent qu'il n'y a pas de toilettes ici. Du coup j'essaie de trouver un endroit plus cache et je rentre dans une cour ... et soudainement un chien affole surgit et se jete vers moi. Effrayee, je recule, je passe la porte et je tombe puisqu'il y avait un obstacle - un bolivien gentil veut m'aider a me soulever et chasse le chien (rires autour biensur) mais devinez quoi, j'avais mon panatalon encore defait. Donc j'ai dit non merci, j'ai essaye d'arranger la chose (il faisait nuit heureusement) et je me suis levee "dignement". Encore une fois le gentilesse bolivienne - le gars comprehensif envoie sa femme m'accompagner soubvenir a mes besoins, plus loin sur la route, a cote d'autres personnes dans le besoin comme moi...
C'est drole puisque le jour meme j'avais dit que je pensais inutile le vaccin anti-rabique qui m'avait coute une fortune, je retire mes mots meme si le chien ne m'a pas mordu, Dieu soit loue!

Potosi : La ville la plus haute du monde (4070m) et oui, confusion, La Paz est la capitale la plus haute du monde. Un peu difficile de monter et descendre ses rues, on est a bout de souffle quand on n'est pas habitue a l'altitude. Ce fut une ville tres prospere, la plus prospere de l'Amerique du Sud quelques centaines d'annees auparavant a cause de ses mines d'argent. Aujourd'hui ce n'est plus du tout le cas, mais l'empreinte architecturalle colonialle est toujours presente, ceci dit, comme disait un francais, cette ville est plus "bolivienne" que Sucre.
J'ai eu ici une des plus fortes experiences, je pourrais dire de ma vie - meme si theoriquement on est prepare a ce que l'on va voir, c'est tout de meme marquant, je pense a jamais. J'ai paye pour souffrir - qui veut dire marcher pendant 3-4 heures dans les tunnels (grimper ou marcher a 4 pattes serait plus approprie pour une partie du moins), en passant du tres froid a tres chaud, dans des endroits ou l'air etait irrespirable (l'arsenic, la poussiere due a la dynamite par endroits) a quoi on doit rajouter les plus de 4170m d'altitude - pour lesquels les feuilles de coca n'ont pas semble etre d'un tres grand secours pour moi (pour rassurer maman, ce n'est pas comme de la drogue meme si cela en a l'air, c'est considere l'antidot indispensable pour l'altitude par les locaux - vous allez voir dans les photos ils ont tous une boule sur la joue, ce sont les feuilles de coca)... Sur le probleme du coca et des americains je devrais en parler une autre fois.
Mais tout ceci n'est rien compare au vide qu'on peut ressentir quand on croise les lumieres mouvantes dans les tunnels - pauvres ames proscrites par le sort, ou par leur choix de gagner plus d'argent pour entretenir leur famille - montant qui reste toujours miserable, ou plus exactement par l'absence de choix possible qui s'offre a eux ... La plupart du temps ils rentrent dans la mine a 14-15 ans, et meurent apres 15-20 ans (10 ans d'apres le Lonely Planet). Je tente de laisser de cote l'aspect physique - qui est le plus eprouvant de tous ceux que j'ai pu voir ou imaginer en terme de travail - et penser seulement : Que ferais-tu si ton sort serait decide d'avance? Je pense que ce qui nous tient dans la vie si souvent est l'esperance ... Quelle est l'esperance pour ces ames portant si dignement le signe de la mort autour de leur tete, comme des saints? Quelle est l'esperance pour ces anges pour qui le noir et les tenebres est vie?
Serait le Diable - L'Oncle comme ils l'appellent par peur de l'offenser - le Dieu de l'"underground", pour qui ils ont leve une statue en plein noir et apportent des presents (alcohool, cigarettes, nouritture) au moins tous les vendredis? Oncle, entends-tu leurs prieres ou joues-tu seulement avec leurs sentiments? Leur rendrais-tu une vie meilleure un jour, en recompense de tous leur sacrifices, ou existes-tu seulement parce que l'etre humain a besoin de croyances pour entretenir son esperance?
Le guide - son pere et son oncle sont deja morts dans la mine - nous a dit en sortant "j'aime mes gringolitos, j'aime mon travail, je ne peux plus jamais dire que je n'aime pas mon travail". Et pourtant lui aussi est condamne pratiquement autant que les autres (apres avoir fini avec nous il a enchaine avec un autre groupe et il fait ca tous les jours. Que pourrais-je dire moi alors? J'ai peur en quelque sorte d'oublier trop vite ses paroles et son visage heureux d'etre un "chancheux". J'ai peur, non, en fait j'ai plutot honte d'etre ce que je suis, pas dans l'absolu parce que je sais qu'en quelque sorte l'"insatisfaisance" des etres les fait avancer, parce qu'aussi je sais qu'il faut saisir les chances qu'on a, mais j'ai honte dans cet instant precis parce que je vois son visage devant mes yeux, et je devine les visages des lumieres dansant dans le noir, les yeux fatigues remplis de poussiere revant d'un impossible tresor, d'un impossible heureux demain ... Parce qu'ils ont le reve - seule chose que personne ne peut leur prendre - si on leur demande si l'annee prochaine ils vont travailler dans la mine, ils repondent tous non, et ca tous les ans, jusqu'a ce que la mort les rattrape.

Ecrire cela m'a rendue triste, je n'ai plus envie de continuer, juste deux idees de mes recentes lectures:
"George Orwell - La ferme des animaux : Tous les animaux sont egaux. Les uns le sont plus que les autres":
Les dires de Heirnrich Boll telles qu'elles apparaissent dans la preface, en faisant reference a l'Allemagne devenue prospere : "Il vaut meux vivre dans un pays ou les gens sont heureux et chaleureux plutot que dans un pays ou les relations entre les gens sont artificielles et les gens froids ... " J'ai mis les guillemets alors que c'est plus ou moins exact, c'est l'idee qui compte et c'est mon esperance pour la Bolivie.

La Paz - 10 juillet

Trop fatiguee apres le voyage de 17 h pour pouvoir m'endormir tout de suite, j'essaye de rassembler quelques souvenirs sur ce brave cahier Auchan. Difficile, l'image qui me vient a l'esprit constamment est Jodie Foster dans "Panic Room" que j'ai vu ce soir au cine - eh oui, cela m'arrive, pas tres souvent, d'aller au cinema, il faut encore trouver le bon film soustitre en espagnol. Je vais essayer de reprendre le fil ...
Salars de Uyuni Decus mais resignes devant les caprices de la nature (apparament il n'y a pas eu de neige bloquant les routes durant cette periode de l'annee - seche - depuis 5 ans), on est partis pour un tour de 2 jours seulement sur les Salars proprement dits. En fait, a part les salars, il y a les fameuses lagunes, dont la Laguna Colorada a 5000 m, qui parait une peinture de Salvador Dali selon les gens d'ici, avec des structures sculptes par le vent dans le roque, ressemblant a des arbres fantome ... avec des geysers ou j'esperais tant me rechauffer les os apres tout ce froid ...
Peut etre une autre fois ... meme sans les lagunes, les salars meritent l'epitete d'hallucinogeniques - une mer de sel unique qui parait infinie, un paysage d'une autre planete. La premiere journee il a fait beau - pauvres credules qui nous sommes avions pense que ce genereux soleil pourrait fondre la neige rapidemment. On s'est arrete sur l'Isla del Pescador - une "foret" de cactus au milieu d'une "mer" de sel - magnifique! On a vu cet hotel construit entierement du sel et actuellement abandonne et on a dormi dans un village qui paraissait desertique, j'ai eu l'impression que seules les ames errantes des incas et nous touristes troublaient le silence effrayant de ces lieux arrides et fiers - mais il y a eu ces enfants jouant au ballon qui m'ont rappele la vie, et a cet instant j'ai pense - c'est horrible je sais - quel miracle que ces enfants ont un ballon ici au milieu de nulle part! Mais je sais que meme sans ce ballon supermarche, ils en auraient fabrique un, de papier, de vieilles fringues ou simplement d'imagination. J'ai failli partir dans une disertation sur la generation Game-boy - souvenirs de baby-sitter - mais je m'abstient.
Apres une nuit froide - d'ailleurs il ne m'est meme pas venu a l'esprit de changer le T-shirt pour dormir, cela aurait ete de l'autoflagellation - on est monte vers un volcan et on a visite une cave avec des squelets mumifies depuis des centaines d'annees - morbide mais impressionant. Autrefois j'aurais fait certainement un cauchemar apres, mais cette nuit-la j'ai peut etre reve d'une cheminee plein de bois, qui sait ... A vrai dire, la nuit commenca au matin, puisqu'il a eu le train de nuit vers Tupiza ... Mais avant je me rapelle ce vent tres fort (ro: viscol) - tellement de vent que meme les lunettes de soleil ne pouvaient plus proteger mes yeux. Pour le guide le retour a ete speciallement penible, puisqu'il faisait visiblement d'enormes efforts pour trouver ses reperes. Heureusement ce n'etait pas moi le guide, jamais j'aurais pu retrouver mon chemin dans cette mer de blanc, je crois que j'y serais toujours ...
De retour a Uyuni, marche avec Greg jusqu'au cimitiere de trains pour tuer le temps en attendant LE train, et petit rappel de mon enfance ceausiste - panne d'electricite dans toute la ville pendant quelques heures, a cause du mauvais temps toujours.

Tupiza
Triathlon d'une journee (byciclete, cheval et jeep) - par moment je me demandais si j'ai jamais eu des poumons ou si ne n'etais pas qu'un pauvre poisson puni a respirer de l'air - invraisemblables paysages, a me demander si le Grand Canyon etait aussi beau. J'ai pris quelques photos, je n'ai pas besoin d'en dire plus ... Pour ma part, rien a abbatre que la route pour aller a Saint Vincente - le village ou Butch Kassidy and Sundance Kid ont ete tues - etait bloquee egalement, Greg et Mary etaient tres decus par contre.
Le sejour a Tupiza s'est prolonge plus que prevu, faute de billets de trains disponibles, ceci dit me voila a La Paz depuis aujourd'hui.
Bonne nuit!

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